Dans « Parlez-moi de la pluie » réalisé par Agnès Jaoui en 2008 et diffusé lors des Rencontres cinématographiques de Cannes, Pascale Arbillot incarne Florence, une femme sensible engluée dans son rôle d’épouse et de mère de famille exemplaire. Mais elle a un amant, Michel Ronsard, qui fait un reportage sur sa sœur Agathe Villanova. Ce personnage naïf correspond tout à fait à la personnalité de Pascale Arbillot, étonnamment gentille et peu sûre d’elle malgré un CV bien rempli.
Comment s'est passée la rencontre avec Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ?
Tout simplement. Ils m'ont contactée pour passer un casting. J'ai d'abord contacté Agnès puis après j'ai passé des essais sur une scène très précise du scénario avec Jean-Pierre. J'ai eu le rôle un mois après. C'était horrible mais j'étais super contente.
Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce film ?
Rien ne m'a poussée. Déjà être choisie, ça a été pour moi un cataclysme heureux. Alors quand j'y suis allée, j'ai joué avec la joie et l'envie de tourner avec des gens que j'aime et que j'aimais avant de les rencontrer. C'était une chance inouïe d'être avec ces acteurs.
Comment vous avez réagi à la lecture du scénario ?
Je l'ai trouvé extrêmement bouleversant. Je me suis tout de suite dit : "On dirait du Bacri... euh... du Tchékhov" (rires) car il est à la fois intimiste et impressionniste. C'est une chronique des petites choses de la vie. Il aborde des angles profonds, que ce soit les rapports homme/femme, la religion, la liberté (celle qu'on accorde aux autres et à soi), la tolérance, l'humiliation, la politique. Tout cela dans un scénario très tenu, avec très peu d'actions. Ce dramatisme m'a beaucoup touchée.
Quelles images il a vous évoqué ?
J'avais l'impression de voir des gens en attente de quelque chose. Ca m'a fait penser aux trois sœurs de Tchekhov qui vont à Moscou. L'une d'entre elle a toujours froid même en plein été. Elle n'est pas heureuse de sa vie mais ne fera jamais rien pour changer. J'ai aussi des images de nature qui me viennent à l'esprit. Beaucoup de nature, de forêt, de froid, de chaud, de rivière. Et puis au milieu de ça, il y a des gens dans une maison et dans un jardin englués dans leur vie. Certains s'en contentent, d'autres pas.
Comment vous avez imaginé votre personnage ?
J'ai fait totalement confiance à Agnès et à Jean Pierre car avec eux, tout est écrit. Le dialogue participe à la construction du personnage. Il suffit de jouer les mots. Agnès est par ailleurs une actrice et une réalisatrice démente. Je me suis sentie protégée, en confiance. J'avais même l'impression d'être au service de quelque chose plus grand que moi.
Comment était l'ambiance sur le tournage ?
Très bosseur. C'est tout ce que j'aime : on travaille sérieusement mais ça ne nous empêche pas de rigoler, de partager des moments d'émotions intenses. Ya des scènes avec Jean-Pierre où on a failli pleurer, on était très ému parce que l'histoire d'amour entre eux dans le film est secrète. C'était très touchant.
Une fois que le film a été terminé, qu'est-ce que vous en avez pensé ?
J'ai eu un choc la première fois parce que j'ai vraiment vu un film, c'est-à-dire que normalement quand on tourne, on voit les choses, on a du mal à être spectateur. Là, je me suis pris dans le personnage (bon c'est sûr qu'au début on se regarde plus que les autres, c'est nul mais on ne peut pas s'en empêcher). Là, pour la première fois de ma vie, ce n’est pas moi que j’ai aperçu mais le personnage : une pauvre femme perdue. Après j'ai regardé les autres, y a plein de scènes que j'avais pas vues comme celle entre Jean-Pierre et Djamel, ou celle d'Agnès qui pleure toute seule à un moment donné. C'était extrêmement bouleversant. En même temps, j'ai eu l'impression d'avoir été un peu volée car quelque chose d'intime a été pris en chacun de nous. J’ai redécouverts ces acteurs alors que je les connaissais, c'était très étonnant. On dirait qu'Agnès nous a piqués des trucs super intimes sans que l'on s'en rende compte. C'est comme si on n’avait pas travaillé et qu'elle avait juste filmé qui on était... mais pas complètement non plus parce qu'on n'est pas le personnage. C'est un truc particulier mais on l'a tous ressenti. Elle est très forte pour le casting et pour extraire la "substantifique moelle", comme on dit.
